Défi d’entrepreneur | 30 octobre 2018

L'égo, à la fois ami et ennemi de l’entrepreneur

Comme entrepreneur, l’égo nous motive bien souvent à aller de l’avant et à prendre des risques. Mais il peut aussi être notre ennemi, nous amener à prendre de mauvaises décisions ou même à nous faire du mal. Laissez-moi vous raconter mon expérience à ce sujet…

En 2005, au moment où naissait l’engouement pour les médias sociaux, j’ai lancé une première entreprise. Ce fut un beau succès que j’ai finalement revendu en 2014.

L'échec qui m’a fait très mal est aussi devenu, paradoxalement, ma plus belle expérience d’affaires ! souligne Michel Bernard. 

En parallèle, j’ai aussi lancé un autre projet. Mon objectif, c’était de commercialiser une plateforme de gestion numérique pour faciliter le travail des grandes organisations fonctionnant avec des pigistes. Certains gros joueurs l’ont essayé, mais les ventes ne sont jamais venues. En 2015, en voyant qu’il me faudrait attendre encore au moins un an avant de faire des ventes, j’ai tout stoppé d’un coup et j’ai fermé cette entreprise.

Cet échec m’a fait très mal. Pourtant, c’est aussi devenu ma plus belle expérience d’affaires. Il m’a permis d’en apprendre beaucoup sur moi et sur les clés à détenir pour connaître du succès comme entrepreneur.

Une question d’humilité

L’erreur principale que j’ai faite dans cette aventure, je la dois à mon égo.

Je pensais que je détenais une solution que tout le monde allait adopter. J’ai bien sûr rencontré des clients potentiels qui ont ensuite testé mon produit, mais je n’ai pas été attentif à leurs réponses et à leur langage non verbal. Je me fiais à ce que je croyais être la bonne solution pour eux, tout simplement.

Et je me suis cassé la gueule aussi.

On a beau avoir analysé un marché et scruté ce que font ses compétiteurs : le problème, parfois, il vient de soi-même. Sans s’en apercevoir, on se crée des embuches en jaugeant mal sa propre ignorance, ou pire, en faisant abstraction qu’elle existe pour une question d’égo.

Les entrepreneurs qui réussissent sont ceux qui cherchent d’abord à servir leurs clients plutôt qu’à satisfaire leur propre égo ! 

L’entrepreneur a pourtant tout intérêt à écouter les autres et à se mettre en position d’apprenant. Cette humilité permet de voir d’une nouvelle façon une problématique et de mieux cerner les besoins des clients. 

En plus, elle est garante de succès. Les entrepreneurs qui réussissent sont ceux qui cherchent d’abord à servir leurs clients plutôt qu’à satisfaire leur propre égo ou à faire de l’argent à tout prix. D’ailleurs, c’est cette capacité d’écoute que je remarque en premier chez les entrepreneurs que je rencontre en temps que conseiller chez PME MTL. Ceux qui sont réceptifs à l’idée de voir leur stratégie différemment, et même de la modifier lorsqu’ils discutent avec moi ont des chances d’adopter le même comportement face à des partenaires d’affaires, des employés et des clients. Et ça, c’est très bon.

La mince ligne entre l’audace et l’égo

Ceci dit, l’égo ne fait pas que nous empêcher d’écouter correctement. Il apporte du bon aussi en nous amenant à être un peu fous et à travailler des 12 heures par jour sans compter. On se dit qu’il faut être audacieux, et on fonce.

Mais l’égo peut aussi sournoisement devenir notre ennemi. J’ai d’ailleurs souvent été sa victime. Des drapeaux rouges se levaient autour de moi, mais je les ignorais. En leur accordant de l’attention, j’aurais eu l’impression de montrer un signe de faiblesse.

Les problèmes s’installent alors. Certains entrepreneurs perdent des ventes, des clients, ou même un partenaire financier avant de réagir.

Car tôt ou tard, il faut réagir. Dans mon cas, j’ai décidé de fermer mon entreprise tout simplement pour me débarrasser de l’ombre qu’elle mettait sur ma vie. Puis j’ai pris du recul et j’ai pris le temps de retrouver mes repères.

Des échecs comme ceux-là, il faut savoir les accepter sans diminuer la personne que l’on est pour autant. Après tout, comme l’a déjà souligné le poète T.S. Eliot, « Seuls ceux qui prennent le risque d'aller trop loin peuvent découvrir jusqu'où ils peuvent aller.»

Ces échecs nous donnent plutôt l’occasion de nous reconnecter sur nous-mêmes et de faire une introspection. Par chance, je faisais déjà beaucoup de sport, du yoga, et je savais comment les longues marches étaient capables de me ramener les pieds sur terre. L’important, c’est de trouver des façons de reprendre ses repères. L’expérience n’a rien de facile, mais s’avère un passage obligé dans la vie comme dans les affaires, selon moi. C’est un passage qui nous permet notamment de comprendre quelles sont nos véritables motivations qu’on a d’être dans les affaires.

Alors voilà, donnez-vous une chance à l’échec. C’est une occasion d’apprendre et de savoir qui on est, mais aussi ce qu’on veut apporter comme contribution à la société.

Dans mon cas, c’est une citation du philosophe William James qui me sert de guide. « La meilleure utilisation de la vie, c’est de la passer à faire des choses qui vous survivront », a-t-il écrit.

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Cet article a été rédigé par Michel Bernard, Directeur service-conseils et financement au sein de PME MTL Centre-Ouest