Défi d’entrepreneur | 20 juin 2017

Gérer une entreprise à deux : quand le jeu en vaut la chandelle

La gestion d'une entreprise en couple, pour le meilleur!

Amélie Lamarche, 27 ans, est la gagnante du concours « Lancement du Blogue PME MTL ». La cofondatrice de Scavengers, une entreprise de création de jeux vidéo, a gagné un billet aller-retour en Amérique du Nord. Ça tombe bien : elle voulait assister à E3 à Los Angeles, LE rendez-vous annuel de l’industrie. La jeune femme est en affaires avec son amoureux depuis 2015. Pour le meilleur.

Le spécialiste des jeux vidéo, c’est lui. La gestionnaire –et passionnée de jeux aussi-, c’est elle. Le duo, aussi couple dans la vie, a formé l’équipe parfaite pour créer Scavengers, il y a presque deux ans. Le studio, qui compte déjà une quinzaine d’employés, sortira son premier jeu début 2018. The Darwin Project est actuellement en précommercialisation.

Le billet d’avion qu’Amélie a gagné en participant au concours de lancement de ce blogue, l'a emmenée à participer au E3 à Los Angeles au début du mois de juin. Ce passage dans le salon des professionnels du jeu vidéo a été un véritable succès pour la startup. « C’était irréel ! On a gagné sept prix ! », raconte Amélie, encore sous le coup de l’émotion. Exposer à E3 représente des coûts inabordables pour une petite entreprise. C’est grâce à Microsoft, que Scavengers a pu présenter son jeu au salon de Los Angeles. Le studio a signé en effet une exclusivité pour que le jeu soit sur la Xbox à sa sortie. « De voir un jeu vidéo indépendant au Salon, c’est rare. On a présenté notre jeu entre le dernier Assassin’s Creed et Minecraft ! », lance Amélie, qui a reçu 20 000 demandes de codes pour essayer le jeu pendant le Salon ainsi que des courriels d’investisseurs, de potentiels partenaires, etc.

Sa participation à E3 a donné un grand coup de pub à The Darwin Project. Il n’en reste pas moins que les studios de jeux vidéo créatifs sont pléthore. « C’est vrai que le marché est très occupé à Montréal et la concurrence est rude », reconnaît Simon Darveau, 37 ans, le conjoint d’Amélie Lamarche, ingénieur de formation, directeur créatif à Ubisoft avant de se lancer dans l’entrepreneuriat dans le domaine des jeux vidéo.

Mais la vision de Scavengers promet de n’être rien de moins que « révolutionnaire » . « Notre jeu est construit comme un show narratif qui emprunte beaucoup aux reality shows. Aujourd’hui, il y a plus de spectateurs de jeux vidéo que de joueurs. Notre formule va permettre aux spectateurs d’intervenir dans le jeu », se réjouit Simon. Des humains débarquent dans une arène enneigée au beau milieu d’une forêt. Sans rien. Pas de vêtement, pas de nourriture, pas d’abri. Jusque-là, c’est un jeu de survie classique. Au bout de la nuit, il ne devra rester qu’un joueur. Les uns et les autres passeront donc leur temps à suivre les traces, notamment dans la neige, de leurs concurrents pour chercher à les éliminer un par un. C’est là qu’entrent en jeu les spectateurs qui pourront envoyer des ressources supplémentaires à leur joueur favori ou l’aider en lui donnant des indices pour retrouver les autres personnages.

Première clé du succès : l’innovation

« L’innovation, c’est que les spectateurs ne sont plus passifs. Ils peuvent voter, changer le cours de la partie par leur intervention », soulignent les deux fondateurs. Il fallait au moins ça pour se faire remarquer dans la horde de jeux qui sortent tous les jours dans le monde. Avec cette innovation, le couple a bon espoir que le jeu sera un succès.

Mais il n’aurait sûrement jamais vu le jour si Amélie et Simon ne s’étaient pas rencontrés. Il n’y a pas de hasard : les deux amoureux se sont croisés lors d’une compétition de création de jeux vidéo. Amélie, diplômée en gestion, avait travaillé dans le Grand Nord où elle recrutait des membres des communautés autochtones pour des compagnies minières avant de revenir à Montréal travailler pour le Mondial des jeux du Festival Juste pour rire.

Quelques mois plus tard à peine après leur rencontre, Amélie et Simon ont créé Scavengers. Tous les deux étaient dans un moment de questionnement professionnel. « Simon avait une vision et il était malheureux de ne pas pouvoir la mettre en place là où il était à ce moment-là. Il y avait un clash entre ce qu’il voulait – créer des jeux non traditionnels - et ce qu’il faisait. Il avait besoin d’un coup de pied pour se lancer », raconte Amélie. C’est elle qui recrute, structure, organise. « On a une belle complémentarité », lance Simon.

Deuxième clé du succès : la complémentarité des compétences

Et c’est justement ce qui manque souvent dans le milieu, déplore Amélie. « Les studios de jeux vidéo sont, la plupart du temps, créés par des spécialistes des jeux mais pas des gestionnaires. Il y a peu de formations offertes à ces profils pour acquérir les bases d’une bonne gestion d’entreprise », regrette-t-elle.

Si cette complémentarité est un atout, travailler en couple serait-il un handicap ? Absolument pas, selon Amélie et Simon. Oui, bien sûr, il y a des mots plus hauts que d’autres. « Quand on embauche un employé, on le prévient toujours qu’il va nous entendre crier une fois tous les trois mois, explique Amélie dans un rire. On a tous les deux un tempérament chaud… » Et ils sont ensemble… 24h sur 24. « Le rythme d’une entreprise en démarrage ne nous permet pas de partir un week-end chacun de notre côté pour prendre de l’air », poursuit Amélie dans un sourire, convaincue qu’il « faudra qu’on se construise du temps individuel à un moment donné ».

Créer une compagnie à deux, c’est source de synergie, pas de conflit​

Beaucoup les avaient mis en garde de ne pas se lancer en affaires en couple. « On nous l’a tellement répété qu’on a même fini par faire semblant de rompre pour qu’on ne nous le dise plus ! », se souvient Simon. Les deux amoureux ne voient pas le problème. « Créer une compagnie à deux, c’est source de synergie », pas de conflit, assurent-ils. Ils sont tous les deux propriétaires à parts égales de Scavengers.

Si Simon a un conseil à donner : « Fais ce que tu as envie de faire, comme tu as envie de le faire. Les autres ne peuvent pas comprendre ta vision. »

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Scavengers est soutenue par PME MTL Centre-Ville