Rendre la ville plus humaine, le défi de La Pépinière

Des villages éphémères, des espaces d’agriculture urbaine en pleine ville… La Pépinière | Espaces collectifs innove à travers divers projets pour (re)donner de la vie et du sens aux espaces de proximité de la ville. La population adhère. Reste à pérenniser les financements. L’OBNL a testé plusieurs modèles pour trouver sa voie.

Pendant l'été, ils ont ouvert un café suspendu - belvédère soleil- en haut du parc Mont-Royal. Ils ont animé la place Émilie-Gamelin, créé Les Jardineries au Parc olympique, aménagé un « coin plage » Village au pied-du-courant sur le site de la chute à neige Fullum, désaffectée. Ils sont animés d’un rêve :  « rendre la ville plus humaine ».

Jérôme Glad, 29 ans, co-fondateur, directeur création et développement,Maxim Bragoli, 33 ans, et Raphaëlle Bilodeau, 31 ans, co-directeurs généraux, se sont lancés dans une aventure qui vise « à aider les communautés à rebâtir leurs quartiers de façon à avoir un plus grand sentiment d’appartenance en créant des lieux novateurs, qui ont du sens et permettent les rencontres entre les habitants ». Le but, c’est d’animer ces endroits en permanence et pas seulement en fin de semaine ou lors d’événements ponctuels. Les principes qui les guident dans tous leurs projets : l’inclusion, le développement durable, la communauté.

Le bien commun peut difficilement être financé, mais il existe des modèles d’affaires qui permettent l’autofinancement

Une belle idée qu’il a fallu rendre viable financièrement. Les trois fondateurs de l’OBNL ont testé plusieurs modèles pour se faire connaître et expérimenter. « Le bien commun peut difficilement être financé, mais il existe des modèles d’affaires qui permettent l’autofinancement », explique Maxim Bragoli. La Pépinière a plusieurs cordes à son arc : des projets autogérés, une offre de projets clés en main pour les villes et les arrondissements et un service de consultation. De nombreux projets ont déjà vu le jour dans les trois « départements » de l‘organisme. Ils sont toujours élaborés sur un modèle de collaboration entre divers organismes qui apportent tous leur pierre à l’édifice. C'est une forme d'entrepreneuriat social

Mélange de soutien institutionnel, privé et de concessions

Il y a la formule la plus classique : les commandes des institutions publiques. Dans ce cas, une grande partie du financement est assurée par les villes ou les arrondissements. Par exemple, l’aménagement de la Place du marché, située entre le canal de Lachine et le marché Atwater, a bénéficié du soutien financier et technique de la Ville de Montréal. Dans le but de rendre le réaménagement permanent en 2019, diverses installations et animations sont testées. L’été 2017 a vu la première édition de ce projet de piétonnisation du secteur. Autre projet : la place Émilie-Gamelin a été transformée en grande terrasse publique. Un café-restaurant-bar installé dans des conteneurs, une scène, des bacs d’agriculture rendent la place vivante, un endroit que les Montréalais ont réappris à fréquenter.

Autre formule : les projets autogérés, dont le financement est assuré grâce à des soutiens institutionnels ou d’entreprises et de concessions d’espaces pour des bars ou autres installations commerciales (marché d’artisans par exemple). « Mais la limite de ce modèle, c’est le risque financier qui pourrait limiter le projet. Par exemple, s’il pleut beaucoup une année, le chiffre d’affaires pourrait baisser de moitié rapidement », explique Jérôme Glad.

Plusieurs projets fonctionnent ainsi comme le Village au Pied-du-Courant, qui vise à utiliser la chute à se réapproprier le site de la chute à neige Fullum dans l’arrondissement Sainte-Marie, près du pont Jacques-Cartier. Plage urbaine avec vue sur le fleuve, marché d’art et d’artisanat, activités variées chaque semaine, l’aménagement a permis de ramener les habitants et les touristes dans ce lieu délaissé. Les Jardineries, au Stade olympique, sont un autre exemple de projets autogérés.

PEP Académie, programme d'accélération d'idée citoyenne

Le dernier projet en date de La Pépinière | Espaces collectifs, qui ne manque pas d’idées : PEP Académie. La PEP Académie accueille des cohortes pour un programme court d’interventions pour redonner vie à un endroit et permettre sa réappropriation par les habitants. Chaque promotion est financée grâce à des fonds privés et publics : un tiers par les villes et arrondissements, un tiers par des entreprises locales qui veulent s’impliquer dans le projet et un tiers par un ou des donateurs.

La première édition du PEP Académie a réuni quatre experts de La Pépinière, quatre étudiants et trois citoyens pendant six semaines. L’objectif : refaire vivre le parc Rutherford, dans le campus de l’Université McGill. Plusieurs aménagements ont été conçus grâce au soutien financier du Mouvement Desjardins : installation d’un écran de cinéma, construction de jeux de plein air, d’un potager, etc. La deuxième cohorte doit être lancée cet automne.

Si La Pépinière cherche toujours à pérenniser ses budgets plutôt que de trouver des financements ponctuels projet par projet, elle a trouvé sa place. Ses modèles d’affaires fonctionnent. La preuve : elle compte une vingtaine d’employés (une centaine en cours de projet), le chiffre d’affaires a doublé chaque année depuis la création, en 2014 et les projets se bousculent. L’OBNL, qui a débuté à Montréal, a commencé à travailler avec d’autres villes et en pourparlers avec d’autres municipalités, même hors du Québec.

Même si ça reste difficile de financer au long terme des projets qui exigent une révolution dans les mentalités, La Pépinière | Espaces collectifs a trouvé un créneau et s’est fait un nom. Sans attendre le changement.

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La Pépinière I Espaces collectifs est soutenue par PME MTL Centre-Ville