Défi d’entrepreneur | 11 septembre 2017

Approcher son premier grand client

Intéresser Google à sa technologie

Dénicher un premier client, c’est un défi de taille pour bien des entreprises en démarrage. Imaginez la situation lorsque vous vous intéressez aux géants! Ça a été le cas du fondateur d'Anyon Systems, Alireza Najafi-Yazdi. Son entreprise a réussi rien de moins qu’à signer Google comme premier client.

Anyon Systems, c’est le projet d’Alireza Najafi-Yazdi, docteur en génie mécanique et professeur à l’Université McGill. Ce dernier s’intéresse à une technologie qui dans les faits n’existe pas encore, mais qui est lourde de promesses : l’ordinateur quantique.

En emmagasinant dans un électron l’information qui jadis était contenue dans un transistor, les scientifiques anticipent la création d’ordinateurs au pouvoir de calcul d’une autre dimension. Des ordinateurs qui faciliteront notamment le traitement de données en météorologie, en sciences biomédicales et en cybersécurité.

Mais avant d’en arriver là, il faut développer les outils tant matériels que logiciels qui permettront de créer pareils ordinateurs. C’est dans ce créneau qu’Anyon Systems se positionne, explique le fondateur de l’entreprise.

Susciter la curiosité

Pour en venir à intéresser Google, Alireza Najafi-Yazdi a utilisé une approche simple qu’il connaissait déjà : présenter son travail dans un congrès spécialisé.

« Je suis d’abord un scientifique », dit-il en souriant pour se justifier.
Mais son approche n’était pas anodine. Le congrès de l’American Physical Society auquel il prenait part réunissait cette année-là près de 10 000 scientifiques! Et dans le groupe se trouvaient des membres de l’équipe « quantique » de Google.

Les gens de Google sont venus me voir pour m’expliquer les problèmes auxquels ils faisaient face avec leur technologie et m’ont demandé de les aider

« Il y a une véritable course à « l’ordinateur quantique » présentement, explique le scientifique devenu entrepreneur. La plupart des grandes entreprises font de la recherche dans ce domaine pour devenir les premiers à fabriquer cette technologie. »

L’ingénieur présentait à cette occasion son logiciel de simulation des phénomènes quantiques. Un logiciel qui permet de mieux comprendre comment l’information reste emmagasinée dans les microprocesseurs quantiques. Il n’en fallait pas plus pour faire des curieux.

« Les gens de Google sont venus me voir pour m’expliquer les problèmes auxquels ils faisaient face avec leur technologie et m’ont demandé de les aider, explique-t-il. Je n’étais pas certain de pouvoir réussir, mais j’ai pris le pari que oui, et quelques mois plus tard, on leur démontrait que nos outils de simulation répondaient à leurs besoins. »

Le contrat a permis à Anyon Systems d’améliorer ses outils de simulation informatique, mais aussi d’investir dans un autre volet de l’entreprise, celui qui cherche à concevoir une plateforme d’assemblage de processeurs quantiques en utilisant des matériaux supraconducteurs.

De scientifique à entrepreneur

Alireza Najafi-Yazdi ne se cache pas que la transition de chercheur à entrepreneur a transformé son approche. À part les longues heures de travail, les deux rôles ont leurs éléments qui les distinguent l’un de l’autre après tout.

« J’ai dû changer ma façon de réfléchir, confie-t-il. Comme scientifique, on cherche à comprendre dans le détail comment les choses fonctionnent, alors que comme entrepreneur, on doit focaliser son attention sur le produit que l’on est en train de fabriquer. Comme il n’y a que 24 heures dans une journée, il faut faire des choix. »
Selon lui, il aurait été impossible de mener pareil travail comme chercheur universitaire plutôt qu’à l’intérieur d’une entreprise.

« L’objectif de l’université est d’abord de former ses étudiants, dit-il. À la maîtrise, ils n’ont que 6 mois à consacrer au projet. Et 6 mois, c’est le temps qu’il nous faut pour former un employé. Ça ne vaut pas l’investissement. »

Fort de ses 3 années d’expérience, Alireza Najafi-Yazdi savoure chacune des expériences que la vie d’entrepreneur l’amène à rencontrer.

« Tout constitue un défi, dit-il, que ce soit l’embauche, la formation des équipes, l’ajustement au monde des affaires. Mais tout ça est très stimulant. »

Compétition oblige, l’entreprise demeure secrète sur une partie de ces travaux. Mais ne soyez pas surpris d’apprendre un jour que des technologies créées au Québec aient contribué à la fabrication des premiers ordinateurs quantiques.

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Anyon Systems est soutenue par PME MTL West-Island