L’entrepreneuriat comme deuxième carrière

Défi d’entrepreneur | 18 déc. 2017

Jumeler ses deux passions

Véronique Poitevin conduisait des poids lourds. Un jour, à l’aube de la cinquantaine, elle a décidé de se consacrer à sa passion : les animaux. Sans argent au départ, elle a réussi à aménager un camion pour offrir des services de toilettage mobiles, à Montréal, avec SOS Toilettage. Celle qui ne connaissait rien à l’entrepreneuriat voit son activité croître de jour en jour.

Véronique Poitevin aimait son métier dans le camionnage, mais c’est une activité difficile et saisonnière. Un matin, elle s’est réveillée avec une idée en tête : lier ses deux passions, les animaux et le camionnage. Elle a imaginé un camion équipé de tout le nécessaire pour toiletter les chiens et les chats à domicile. C’est devenu SOS Toilettage.  Son avantage : éviter aux clients de se déplacer sans pour autant déranger quoi que ce soit à l’intérieur de leur domicile ni retrouver des poils partout...

Sauf que Véronique Poitevin, même si elle avait plusieurs diplômes, n’avait pas de connaissances en entrepreneuriat et surtout elle n’avait pas de fonds personnels à investir dans l’aventure. Or, l’achat du camion de 25 pieds de long et des équipements ainsi que l’aménagement représentaient un coût certain. De plus, même si elle aimait les animaux depuis son enfance, elle n’avait jamais travaillé comme professionnelle dans le domaine. Enfin, elle voulait bien sûr des clients, mais la vente lui était totalement étrangère. Pire, elle appréhendait d’aller démarcher des clients.

Aller chercher les connaissances manquantes

N’empêche, Véronique Poitevin s’est lancée. « Ce qui me faisait le plus peur, c’était le manque d’argent : avoir une idée et pas de sous, c’est difficile », se souvient-elle. Elle avait déjà presque 50 ans, un projet, une énergie débordante et beaucoup de soutien. Elle a commencé par suivre un cours d’entrepreneuriat à l’École des entrepreneurs du Québec à Montréal. Elle a fait d’une pierre deux coups : non seulement elle a pu élaborer son plan d’affaires et acquérir les apprentissages de base pour le lancement d’entreprise, mais en plus, elle a pu bénéficier d’une aide financière du gouvernement le temps de ses « études ». « Sans cette formation, j’aurais fait des erreurs. Je me suis sentie comme dans un cocon, accompagnée, entourée, encouragée. Ils m’ont aidé à mettre mon idée en forme et aller chercher des financements », raconte Véronique Poitevin, qui a reçu le soutien de plusieurs organismes, dont PME MTL.

Offrir un service différent

Elle a vite trouvé le créneau qu’elle voulait occuper. Non seulement, elle allait offrir des services de toilettage mobiles, mais aussi du toilettage comportemental, qui, selon Véronique Poitevin, prend plus en compte le stress des animaux que les méthodes classiques. « On est là pour leur faire du bien. On les calme, on ne les force à rien. C’est sûr que la séance dure plus longtemps, mais les animaux se relaxent et ne reviennent pas stressés auprès de leurs maîtres. », explique l’entrepreneure. Pour devenir experte dans ce domaine, elle a suivi des cours à Saint-Hyacinthe.

Mobiliser son réseau

Une fois le projet abouti sur le papier, pour le concrétiser, elle a su engager toute sa communauté pour lui prêter main-forte et lui permettre de donner vie à ses rêves. Financièrement d’abord, elle a recherché du « love money » auprès de sa famille proche. Cela a constitué ses premiers fonds et a notamment permis d’acheter le camion. Quant à l’aménagement, elle a pu compter sur l’aide des amis et des voisins pour l’aider à tout imbriquer. Elle a fait elle-même le plan.

Acquérir ses premiers clients

Elle n’était pourtant pas au bout de ses peines. Habituée à être seule dans l’habitacle de ses mastodontes sur roues, elle a dû apprivoiser le démarchage de clients. « C’était le plus dur !», reconnaît-elle. Mais totalement convaincue par ses cours en vente, elle a pris son courage è deux mains pour aller à la rencontre de propriétaires d’animaux de compagnie dans les parcs à chiens de la ville. Elle a même monté un stand sur un stationnement de supermarché. Le bouche-à-oreille, l’habillage de son camion et sa simple présence devant le domicile de clients, qui crée souvent tout un attroupement, lui apportent aujourd’hui de nouveaux clients.

Miser sur ses forces

La camionneuse avait plus d’un atout en poche. Dix ans comme serveuse lui ont appris le relationnel avec les clients entre autres. Mais avant, elle avait fait des études de graphisme, de soutien administratif et de conception web. « C’est moi qui ai conçu mon logo, mes couleurs, mon site internet. Ça m’a permis de beaucoup économiser », explique-t-elle.

Pour assurer ses arrières, au lancement de son activité à l’été 2016, elle avait trouvé un travail à temps partiel qu’elle menait en parallèle. « Par surprise, ça a démarré rapidement ! », lance-t-elle. Aujourd’hui, avec environ 200 clients récurrents pour la plupart, ses revenus sont suffisants pour vivre. Et ça continue de croître. « D’ici trois ans, il faudra sûrement que j’investisse dans un deuxième camion » pour satisfaire la demande et trouver un toiletteur avec la même philosophie que la sienne.

Partie de rien, Véronique Poitevin a réussi à répondre à un besoin du marché et à vivre de ses passions. C’est notamment sa capacité à apprendre, à demander de l’aide, à engager son entourage à la suivre dans son sillage et à utiliser tout ce que ses études et son expérience lui ont enseigné qui expliquent son succès.

--
SOS Toilettage est soutenue par PME MTL Centre-Est