Défi d’entrepreneur | 30 janvier 2018

Avoir un OBNL et offrir son premier service payant

Financer un OBNL à partir d'une entreprise d'économie sociale

La Maison Monbourquette est un OBNL spécialisé dans le soutien aux personnes endeuillées. La demande était si forte pour des compléments d’accompagnement, que Sophie Chartrand, la directrice générale, a mis sur pied une offre de formations payantes pour les professionnels. Mais il fallait trouver la bonne structure pour intégrer ce volet payant.

À force de soutenir des personnes en deuil par le biais de sa ligne d’écoute, par l’organisation de groupes de soutien ainsi que par l’entremise de rencontres individuelles, la Maison Monbourquette, fondée en 2004, a acquis une expertise rare dans son domaine.  Si bien que « de nombreux professionnels de la santé, peu formés en matière d’accompagnement de personnes qui perdent un être cher, venaient nous demander des formations », explique la directrice générale de la Maison, Sophie Chartrand. Observant ce besoin croissant, la Maison a sauté le pas et a mis en place une nouvelle division : le Centre de formation Monbourquette.

La solution : une entreprise d’économie sociale

Mais cette décision a déclenché une toute nouvelle approche : si le soutien aux personnes endeuillées est gratuit, les formations destinées aux professionnels ne pouvaient pas l’être. « On a donc mis en place un modèle d’entreprise d’économie sociale qui s’autofinance et remet ses profits à la Maison Monbourquette », explique Sophie Chartrand, directrice de la Maison depuis 10 ans. Tout un défi pour un OBNL !

Développer l’offre de services

Le Centre de formation Monbourquette a organisé une cinquantaine de formations en 2016-2017 et affiche des revenus de 140 000 $ pour cette période. Le Centre peut ainsi contribuer au financement de la Maison Monbourquette. Il effectue des formations dans toute la province pour le personnel du réseau de la santé, les thanatologues, les thérapeutes en relation d’aide, etc.

On a trouvé une solution qui nous permettait d’assurer ces formations sans dénaturer nos valeurs

Son offre s’accroît régulièrement. Récemment, le Centre de formation a ajouté une formation en sensibilisation au deuil dans un contexte de mort traumatique pour les premiers répondants, avec le soutien du Fonds d’aide aux victimes d’actes criminels (FAVAC). Une conférence est aussi en rodage : elle concerne le traitement du deuil dans le milieu du travail. Devant l’accroissement de l’activité du Centre de formation, une ressource supplémentaire a été formée pour dispenser les cours.

La mise en place du Centre de formation sous le statut d’entreprise d’économie sociale a demandé une profonde réflexion à la Maison Monbourquette, habituée à apporter de l’aide gratuite. Mais « on n’aurait pas pu offrir gratuitement autant de formations dans tout le Québec sans les faire payer, alors on a trouvé une solution qui nous permettait d’assurer ces formations sans dénaturer nos valeurs et tout en contribuant au développement de la Maison et de ses services de soutien aux personnes endeuillées », indique Sophie Chartrand.

Se faire conseiller pour apprendre à gérer une entreprise

Preuve d’une gestionnaire réaliste, Sophie Chartrand a cherché à apprendre à gérer une entreprise et une nouvelle activité. « On est allés voir un réseau d’experts parce qu’on avait besoin d’être guidés. Il fallait structurer tout ça alors que nous ne sommes pas des spécialistes de la gestion d’entreprise. Là, on devait faire un plan d’affaires, une étude de marché », se souvient la directrice.

Pour réussir la transition, la Maison s’est rapidement rendu compte qu’elle devait embaucher de nouvelles ressources face au surcroît de travail lié à la nouvelle offre de formations. Il fallait en effet « solidifier notre structure avant de développer nos marchés », reconnaît Sophie Chartrand. Plusieurs subventions ont alors permis de développer l’offre de services, de former une autre formatrice et de moderniser les équipements. La Maison a aussi acquis un nouveau logiciel de gestion.

La directrice a aussi dû changer de paradigme. « J’ai appris à gérer tout cela en allant chercher des conseils auprès des organismes de développement économique et des membres de notre conseil d’administration qui font partie du milieu des affaires. Ils m’ont aidée à avoir une vision plus entrepreneuriale », poursuit Sophie Chartrand.

C’est en s’entourant et en conservant les valeurs intrinsèques de la Maison Monbourquette que Sophie Chartrand et la Maison ont réussi à faire le saut dans l’entrepreneuriat… social.

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La Maison Monbourquette est soutenue par PME MTL Centre-Ville