Défi d’entrepreneur | 16 janvier 2018

Créer la première coop d’espace industriel au Canada

Au terme de ses études en arts visuels, Emmanuelle Raynauld découvre qu’il n’existe pas à Montréal d’installations capables de permettre à des artistes comme elle de travailler. C'est ainsi que lui est venue l'idée d'Espace Fabrique.

Combler un besoin

L'entrepreneure s’est spécialisée en arts robotisés, un créneau qui nécessite l’accès à des appareils d’usinage industriels. « J’ai tout de suite compris qu’il y avait là un besoin », explique la femme d’affaires, ajoutant que des entreprises en démarrage et des travailleurs autonomes profiteraient aussi de pareilles installations.

« Il y a plein de personnes qui ont des compétences, mais qui n’ont pas accès aux outils pour réaliser ce qu’ils veulent », précise-t-elle.

C’était en 2011. Pendant 2 ans et demi, Emmanuelle Raynauld cherche à lancer son projet et multiplie les activités de réseautage, au nombre de 3 à 4 par semaine, selon elle. Son objectif : trouver des appuis du côté de l’École de technologie supérieure (ÉTS) ou de l’Université McGill, par exemple, question de démontrer l’existence d’un besoin.

Ses démarches l’amènent à ajouter des cofondateurs au projet, issus du milieu manufacturier ou de l’usinage, notamment. En octobre 2013, Espace Fabrique naît finalement et adopte un modèle coopératif.

Choisir le bon modèle d’affaires

Pourquoi une COOP?

La femme d’affaires offre une réponse toute simple.

« L’objectif, c’est de réunir des gens autour d’un même besoin, qui est l’accès à un espace industriel, dit-elle. Les gens partagent l’équipement, ce qui permet de réduire les coûts de chacun. »

 On trouve ce genre d’atelier depuis 10 ans aux États-Unis, mais pas ici 

« Notre modèle d’affaires se rapproche de celui d’un gym, explique sa fondatrice. Le membre s’abonne pour un an, un mois ou une journée et on lui donne accès à l’équipement. »

Le moment était venu de trouver un local et des outils, car si Espace Fabrique existait alors sur papier, il lui fallait encore trouver un espace physique, tout comme le financement nécessaire à un tel projet. 

Trouver les bons partenaires financiers

Commence alors la recherche d’un financement de départ. Selon les estimations d’Emmanuelle Raynauld et ses collègues, plus d’un million de dollars seraient nécessaires.

Après avoir étudié des cas similaires aux États-Unis, rassemblé des statistiques, puis monté un plan d’affaires, le groupe frappe aux portes des prêteurs… mais obtient leur oreille avec difficulté.

Mais il n’y avait pas que cet aspect. Le projet proposé par les membres de la coopérative n’avait pas de précédent au pays. « On trouve ce genre d’atelier depuis 10 ans aux États-Unis, mais pas ici », précise-t-elle.

En convainquant un à un les acteurs du milieu, l’équipe d’Espace Fabrique a finalement rassemblé en novembre 2016 les 1 027 500 dollars nécessaires au démarrage de ses activités, impliquant notamment Desjardins, PME MTL, la Ville de Montréal, ainsi qu’Investissement Québec.

Une tâche qui n’a pas été simple selon l’entrepreneure. « Il fallait justifier chaque sou demandé, dit-elle. Si on n’avait pas respecté notre cible de financement, on aurait pu se placer en situation précaire dès le départ et connaître des problèmes de liquidité. »

Faire vivre son projet

Inauguré en juin 2017 dans le quartier Saint-Henri, le local de 12 000 pieds carrés d’Espace Fabrique renferme 19 appareils d’usinage pour travailler le métal et le bois.

De 3 à 10 clients s’y présentent chaque jour, s’affairant principalement à de la R et D et du prototypage.

« On a beaucoup d’entreprises qui amorcent le développement de leurs produits ici, explique la fondatrice. Ils peuvent non seulement faire du prototypage, mais aussi de la petite production. »

Sur place, deux techniciens s’assurent de la bonne utilisation du matériel tout en offrant des conseils. Espace Fabrique propose aussi des formations en usinage et en soudure à ses membres.

Et on y trouve même des artistes! De quoi réjouir Emmanuelle Raynauld qui n’envisage toutefois pas un retour aux sources de sitôt.

« L’entreprise me demande 80 heures par semaine, alors je n’ai plus de temps pour l’art, confie-t-elle. Mais juste de faire en sorte que d’autres artistes puissent en profiter fait mon bonheur. »

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Espace Fabrique est soutenue par PME MTL Grand Sud-Ouest

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