Défi d’entrepreneur | 9 février 2018

Soulager des personnes malades à l'aide de son innovation

L’acoustique pour soulager les effets de la  fibrose kystique

Yvon Robert a fondé Dymedso avec Louis Plante, un jeune homme atteint de fibrose kystique, qui avait conçu une machine basée sur un traitement acoustique de la maladie. Passionné par le produit, il s’est lancé bille en tête avec ses partenaires. Mais étranger au monde de l’entrepreneuriat, il a dû surmonter plusieurs embûches qui auraient pu coûter la vie à l’entreprise.

Louis Plante avait 26 ans et était très doué en électronique. Il souffrait de fibrose kystique. Peu de traitements efficaces existaient pour soulager les malades, dont les poumons sont engorgés par le mucus que leur corps n’arrive pas à évacuer. Un jour, assis tout près d’une grosse caisse de son et à l’écoute d’un orateur au timbre de voix très bas , Louis a réalisé que l’acoustique pouvait l’aider, il s’est lancé dans la conception d’une machine. Le principe : faire entrer le poumon en résonnance avec un son d’une basse fréquence pour que le mucus se mette à vibrer, ce qui a pour effet de le liquéfier. Il est alors plus facile à éliminer et le patient peut mieux respirer.

Idée de génie qu’Yvon Robert, 67 ans ajourd'hui, décide immédiatement de soutenir financièrement, mais aussi en donnant de sa personne. C’était en 2002. À ce moment-là, les instigateurs du projet estimaient qu’il allait prendre quatre à six mois et coûter 60 000 $ à mettre en œuvre.

Sauf qu’un produit médical est autrement plus complexe à développer et à faire approuver par les autorités compétences. Sans compter les embûches prévisibles et imprévisibles. « On aurait dû plus s’informer. Ça n’a pas été facile de trouver les conseils. On était emballés par le produit. On a pensé qu’on pourrait monter l’Everest en une journée. On manquait de connaissances », reconnaît aujourd’hui Yvon Robert.

Surmonter la faillite du manufacturier

Dymedso a bien sûr été confronté aux défis habituels des entreprises en démarrage. Mais, en 2007, un événement a bien failli avoir raison de la compagnie : le manufacturier chargé de fabriquer les prototypes a fait faillite. Cela faisait alors cinq ans que Dymedso affinait sa machine en collaboration avec l’Université de Sherbrooke et des centres hospitaliers. Une trentaine de prototypes avaient été produits et on s’approchait du but. Mais tout d’un coup, « on s’est retrouvés sans rien », se souvient Yvon Robert. Outre le savoir-faire et l’unité de production, le fabricant avait les certifications nécessaires pour la fabrication d’un appareil médical.

À partir de ce moment-là, Yvon Robert n’a eu qu’une idée en tête : « ne plus jamais être à la merci de personne. » Il a décidé « de ne plus se fier à un partenaire extérieur et de faire les choses en interne ». Il aura fallu trois années pour créer un nouvel appareil et le faire approuver par Santé Canada. L’entreprise a mis en place une unité de production dans les locaux de l’époque sur la Rive-Nord pour faire l’assemblage des pièces achetées auprès de différents fournisseurs. Depuis avril dernier, elle a déménagé à Lachine.

Mais Dymedso n’était pas au bout de ses peines : « c’est très difficile de vendre un produit médical novateur au Québec », regrette Yvon Robert. Si plusieurs hôpitaux régionaux et des CLSC ont adopté l’appareil, « il nous manque la vitrine des grands centres hospitaliers », poursuit-il. Dymedso, qui avait une douzaine d’employés, a dû réduire ses effectifs faute de ventes suffisantes.

Développer un marché à l'étranger

Son salut a été de trouver des marchés à l’étranger. « Notre marché cible est les États-Unis, où le système privé de santé est plus développé qu’au Canada », explique Yvon Robert. Actuellement, une centaine d’hôpitaux privés américains, notamment en Californie, ont adopté l’appareil de Dymedso.

Autre planche de salut : l’entreprise a cherché du financement et a constitué une équipe de vendeurs en interne alors qu’elle faisait appel à des distributeurs, qui ne donnaient pas les résultats escomptés. Depuis, les ventes grimpent.

Forte de ce succès, l’entreprise a pu réembaucher : elle compte aujourd’hui sept employés à temps plein et deux à temps partiel après avoir été longtemps seulement un seul temps plein –Yvon Robert- et deux personnes à temps partiel. Elle a embauché un ingénieur qui revoit le design de l’appareil pour les  adultes et, surtout, en crée d’autres adaptés aux enfants et aux adolescents, pour lesquels les traitements possibles sont encore plus rares que pour les adultes.

Il aura finalement fallu 8 ans et 4 millions de dollars pour que le projet voie le jour. Mais le pari est en passe d’être gagné. Louis a pu voir le début du succès avant de disparaître à 40 ans en avril dernier. Un succès dû à la passion des instigateurs du produit, mais aussi à leur capacité à aller chercher de l’aide et des ressources tout en sachant s’entourer pour conserver les fonctions stratégiques de l’entreprise en interne.

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Dymedso est soutenue par PME MTL West-Island