Du travail de rue à l’entrepreneuriat social : l’histoire d’Horizons Tatamis
Stade : Croissance
Économie sociale PME MTL Centre-Ouest 22 septembre 2026
Pendant plusieurs années, Nicolas Lachance-Barbeau a passé ses journées à rencontrer des jeunes dans les rues et les parcs de Saint-Laurent. Travailleur de rue au sein de RAP Jeunesse, il cherchait avant tout à créer des liens avec eux. Les arts martiaux, qu’il pratiquait depuis longtemps, sont rapidement devenus un moyen d’y parvenir.
Au départ, Nicolas donne simplement des cours dans les parcs du quartier. Une façon parmi d’autres d’entrer en contact avec les jeunes et de créer un espace où l’on peut parler autant de respect et de persévérance que de techniques de combat.
Puis, les mêmes visages reviennent. Semaine après semaine. Ce qui devait être une activité ponctuelle commence tranquillement à prendre une place beaucoup plus importante.

En parallèle, Nicolas complète une maîtrise en travail social portant sur l’utilisation des arts martiaux comme outil d’intervention psychosociale. Plus il approfondit ses recherches, plus il découvre le potentiel de cette approche. Le projet se structure et trouve sa place dans le quartier.
Après avoir évolué pendant près d’une décennie au sein de RAP Jeunesse, l'organisme Horizons Tatamis devient officiellement autonome en 2023.
L’équipe accompagne maintenant près de 150 jeunes et rejoint plus de 1 000 personnes, à chaque année, grâce à une approche qui conjugue arts martiaux, intervention et entrepreneuriat social.
Une mission qui frappe juste
A priori, Horizons Tatamis ressemble à un dojo comme les autres. On y pratique jiu-jitsu, kickboxing et d’autres disciplines de combat. Mais derrière les tatamis, la mission va bien au-delà du sport.

L’équipe accompagne principalement des jeunes se situant entre 12 à 25 ans qui vivent avec des problèmes psychosociaux ou qui sont à risque d’en vivre.
Référés par des écoles, des organismes communautaires ou des professionnels du réseau, ils trouvent chez Horizons Tatamis un lieu où ils peuvent bouger, gagner en confiance, surtout, créer des liens avec les adultes qui les entourent.
L’objectif n’est pas de former des combattants. C’est de donner aux jeunes un endroit où ils ont envie de revenir. Et plusieurs reviennent longtemps.
Certains fréquentent Horizons Tatamis depuis ses balbutiements.
- Des adolescents qui participaient aux premiers cours dans les parcs sont devenus entraîneurs.
- Une ancienne participante travaille maintenant chaque été au sein de l’équipe.
- Un autre est aujourd’hui responsable administratif après avoir découvert cet intérêt au contact de l’organisation.
- D’autres ont choisi de poursuivre des études en travail social ou en psychoéducation après avoir côtoyé les intervenants d’Horizons Tatamis.
« Quand un jeune décide à son tour d’accompagner les autres, c’est la plus belle preuve de la réussite du projet », témoigne Nicolas Lachance-Barbeau.
Garder sa garde haute face à la croissance
Horizons Tatamis a rapidement dépassé le cadre des premiers cours offerts à Saint-Laurent. Les références se multiplient et de plus en plus de jeunes franchissent les portes du dojo. Une bonne nouvelle qui s’accompagne toutefois d’un défi de taille : comment continuer à grandir sans perdre ce qui fait la force du projet?
« Il ne faut pas que la croissance dépasse la capacité administrative de l’équipe. Des fois, c’est préférable de refuser, de bien faire les projets que tu as plutôt que d’en accepter trop. Sinon, il devient difficile de livrer à la hauteur de la qualité qu'on souhaite offrir. »
À mesure que les activités se développent, Horizons Tatamis doit donc structurer son fonctionnement, clarifier les responsabilités et mettre en place des outils de gestion adaptés à sa nouvelle réalité.

C’est là que PME MTL entre dans l’équation. Grâce à une mise en relation avec le Consortium de développement des entreprises collectives, Horizons Tatamis bénéficie d’un accompagnement en planification stratégique et en développement des affaires.
De quoi mieux structurer sa croissance, sans perdre de vue sa mission ni les obligations communautaires qui l’accompagnent. Un soutien précieux pour un fondateur qui se définit d’abord comme un intervenant plutôt que comme un entrepreneur.
En travaillant avec l’équipe de PME MTL, Horizons Tatamis profite également du maillage avec d’autres entreprises et organismes d’économie sociale. Après tout, même les meilleurs combattants ont besoin d’une bonne équipe dans leur coin du ring.
Cette préparation portera ses fruits. Après plusieurs années passées dans un premier local, Horizons Tatamis rejoint un collectif d’organismes mobilisés autour d’un même objectif : racheter le YMCA de Saint-Laurent pour en faire un pôle communautaire. Le projet se concrétise en 2024 et l’équipe emménage dans de nouveaux locaux comprenant des bureaux d’intervention et une surface de tatamis presque deux fois plus grande qu’auparavant.
Pour Nicolas, ce déménagement représente bien plus qu’une simple question de mètres carrés. Il témoigne du chemin parcouru et ouvre la porte à de nouvelles possibilités. Encore fallait-il se donner les moyens de les réaliser.
Des prises solides pour assurer la pérennité du projet
L’agrandissement des installations et le développement des activités ont amené Horizons Tatamis à réfléchir à son modèle financier. D’autant plus qu’en début d’année, l’organisation a dû composer avec la perte d’une subvention d’environ 100 000$. Mais plutôt que de revoir ses ambitions à la baisse, l’équipe y voit une occasion de renforcer un modèle qu’elle bâtit depuis plusieurs années.

« Les arts martiaux m’ont toujours appris que quand tu te retrouves dans une situation difficile, il y a toujours une opportunité qui se présente », explique Nicolas.
Pour soutenir son développement tout en préservant l’accessibilité de ses services, Horizons Tatamis a choisi de miser sur un modèle d’entrepreneuriat social combinant financement public et revenus autonomes.
L’organisation offre notamment des cours de jiu-jitsu brésilien, de kickboxing et de yoga à la population, en plus d’organiser des compétitions. Les revenus générés sont réinvestis directement dans la mission sociale et permettent notamment à certains jeunes de participer gratuitement ou à faible coût à différentes activités.
« Le volet plus commercial assure une viabilité financière qui permet de renforcer l’aspect social », souligne Nicolas.
De plus, Horizons Tatamis peut désormais compter sur un financement à la mission de l’Arrondissement de Saint-Laurent, un appui important qui contribue à soutenir ses activités de base et à lui offrir une plus grande stabilité.
Cette combinaison de revenus autonomes et de financement public permet à l’équipe de continuer à développer ses services sans perdre de vue ce qui l’anime depuis le début. Parce qu’au bout du compte, les plus belles victoires d’Horizons Tatamis ne se remportent pas sur les tatamis. Elles se construisent dans les parcours des jeunes qui y trouvent leur place.
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Horizons Tatamis est soutenu par PME MTL Centre-Ouest.
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